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mercredi 24 octobre 2007

Guatemala vers quel espoir?

Le Guatemala à la mort dans l'âme. Quel changement serait possible?

Le pays brille de toutes couleurs vives, affiche des sourires étincelants à chaque rencontre, est parsemé de projets revendicateurs d'un monde meilleur, et pourtant... je suis marquée par des impressions d'un labyrinthe aux milles problèmes entremêlés, démunie à l'idée du futur des citoyens chapines (guatémaltèques).

GÉNOCIDE...

La dictature s'est transformée en guerre civile puis en génocide de son peuple indigène entre 1981 et 83. Les autorités voulaient annuler les ethnies mayas et a commis tortures, violes, crimes,... contre son propre peule... 200 000 morts. Dans la petite ville de Rabinal, un cinquième de la population a disparu : 5000 personnes.

Il était fréquent que la police débarque dans un village, enferme enfants, jeunes, vieux, femmes, hommes et mettent le feu. leur but? Provoquer la terreur afin que les personnes passent leur énergie à se défendre plutôt qu'à revendiquer leurs droits. Pendant ce temps, les autorités négocient des affaires et s'en mettent plein les poches... corruption criminelle.

En 1996, un Accord de Paix signe le début de la tranquilité. Cela dure quelques années. Le peuple se relève péniblement. Mais déjà reviennent les mêmes mécanismes : les criminels de guerre en liberté utilise la terreur pour garder leur impunité.

Depuis 2 ans, la situation est considérée comme sans espoir. La société civile est réduite au silence. Les associations qui dénoncent les mauvais traitements sont menacées de morts. Dans les écoles, les autorités imposent les matières, font oublier le génocide et réduisent la réflexion des jeunes à néant.

En me rendant dans une école secondaire, je tente d'aborder avec les jeunes l'importance de la paix au Guatemala. Ils restent muets. Pourtant, ils travaillent sur une pièce de théâtre sur "la discrimination et le rôle de la paix". On enseigne ce qui arrange les pouvoirs publics et des thèmes restent tabous de génération en génération. Dans ce contexte, les jeunes ne peuvent pas adopter un regard critique pour comprendre leur pays.

À Rabinal, petite ville Achi (ethnie maya) au creux des montagnes, au nord-est de Guatemala City, cette semaine est rythmée par les exhumations, les veillées de prière et les inhumations. Depuis 10 ans, le Guate creuse ses terres pour tenter de retrouver ses morts jetés dans des fosses collectives par les criminels du génocide. Une fois les ossements détectés, ils sont envoyés à la capitale. La procédure judiciaire légale impose de lourdes démarches pour reconnaître que les personnes ont été massacrées par le génocide.

PÉDAGOGIE POPULAIRE

Pour proposer des solutions concrètes à la construction du pays, l'association EPRODEP a créé une école dans la ville de Ciudad Quetzal, une banlieue de la capitale marginalisée et considérée comme très dangereuse. Cette école a la particularité de fonctionner en pédagogie active et participative, et d'évoluer en fonction des propositions de ses habitants. Dans un contexte où de nombreux jeunes de la ville font partie de pandillas (groupes qui commenttent des vols, raptes, viols, crimes...), EPRODEP a élaboré un programme de cours avec eux. Pour répondre à leurs difficultés à trouver un travail, des ateliers pratiques d'apprentissage d'un métier sont proposés les après-midis après les cours théoriques du matin: cuisine, menuiserie, médecine naturelle, ...

Durant leur cursus, les étudiants sont amenés à réfléchir à la situation politique qui les entoure. À Ciudad Quetzal, des jeunes sont tués chaque jour. L'école a connu la mort de 12 jeunes en 2 ans... EPRODEP pense qu'il s'agit de crimes organisés, au-delà des pandillas. Les pouvoirs publics et la police utilisent aujourd'hui les jeunes pour faire règner la terreur. Ainsi les personnes passent leur énergie à se défendre plutôt qu'à revendiquer leurs droits... le cycle infernal recommence...

Chaque jour, les promoteurs des droits, les éducteurs populaires, les défenseurs de justice sociale risquent leur vie pour tenter de conscientiser des enfants, des jeunes, des femmes, des hommes.

lundi 15 octobre 2007

NICARAGUA, Estelí, ville muraliste et sandiniste

À 2h de la capitale, Estelí est située au creux des montagnes Segovianas.

Depuis la Révolution en 1979 où les Sandinistes ont mis fin à une dictature familiale criminelle de plus de 60 ans, Estelí reste la ville 3X héroïque dans la mémoire collective. En effet, elle a pu résister aux 3 tentatives d'invasion des contre-révolutionnaires et s'est défendue des violences dictatoriales.

Dans ces années-là, inspiré par les muralistes mexicains, le Nicaragua exprime ses revendications dans des peintures murales très colorées.
Depuis lors, Estelí conserve ces traditions. Elle est aujourd'hui reconnue comme ville muraliste.

En 1984, l'association Funarte est née de cet héritage. Aujourd'hui encore elle propose des ateliers de peintures murales à des enfants et des jeunes de quartiers marginaux et à des jeunes adultes dans la prison. Funarte tend à sensibiliser son public à des thèmes sociétales et lui permet ainsi de réfléchir, de se positionner et de s'exprimer au travers de l'art mural.

Dans la prison, tout en peignant Fransisco explique que la peinture l'aide à sortir des murs : "Je me reconstruis, je réfléchis à ce que je veux entreprendre lorsque je sortirai et je libère les tensions. La peinture me permet de rentrer dans un monde coloré, j'oublie le reste..."


Lors d'un atelier peinture de jeunes de 14 à 17 ans, on s'affaire à préparer une exposition pour commémorer la révolution des indigènes il y a plus de 500 ans. En effet, le 12 octobre en Amérique Latine, on fête souvent l'arrivée de Christophe Colomb. Cette date est bien sûr très controversée car elle est aussi la fin des civilisations pré-colombiennes et le début de meurtres sanguinaires. L'Amérique Latine est ce qu'elle est aujourd'hui grâce aux métissages de peuples mais : Pourquoi a-t-il fallu faire couler tout ce sang? Cette question est encore d'actualité... Jocelina, 14 ans, peint depuis 6 ans avec Funarte. Elle confie que la peinture l'amène à se libérer en exprimant ce qu'elle sent à l'intérieur.
En fin d'atelier, comme après chaque interview depuis le début du voyage, je demande aux jeunes de dessiner ou d'écrire sur un petit tableau ce qui serait nécessaire pour un monde plus créatif. Les idées fusent...


Je rencontre ensuite des jeunes du CICAP, une ONG qui a créé une école secondaire : la PRE. Celle-ci fonctionne en pédagogie active et participative avec des propositions très créatives pour les jeunes : ateliers de poésie, guitare, théâtre, etc. qui rassemble des jeunes de tout âge. L'école base l'apprentissage sur la recherche thématique afin que les différents sujets des cours soient d'abord abordés par les jeunes avant d'être discuté en classe. Chaque année, les jeunes font une recherche appronfondie sur toute l'année comme : le tri des déchets, la drogue, la violence familiale, ou encore l'évolution musicale au Nicaragua ou l'élaboration rythmique du flamenco...
Ce projet permet aux jeunes de prendre confiance en eux. Car "ce qui importe c'est de leur donner l'impulsion pour qu'ils abordent la vie qu'ils désirent, en sachant qu'ils sont capables de devenir qui ils veulent et de changer ce qui ne leur plait pas" Herman, responsable du CICAP.


Nous passons ensemble une matinée de réflexion sur le rôle de l'Art dans la participation citoyenne. En utilisant des outils créatifs et participatifs, les jeunes font des propositions intéressantes. Tandis que certains écrivent un poème pour exprimer leur vision de l'action collective et sociale, d'autres crée un socio-drame (pièce de théâtre) sur la mise en commun des connaissances et compétences. Enfin, un dessin d'autres jeunes illustre l'importance de la liberté d'expression pour mobiliser un public à différentes thématiques sociétales...


Je rencontre aussi l'IMC : Institut Mujer y Comunidad, travaille sur l'égalité de genre en proposant des ateliers dans les zones rurales. Pour appuyer ce travail, l'IMC se rend dans différentes communautés pour jouer un spectacle théatral interactif sur le thème de l'eau. Le public réagit, pose des questions, propose des solutions et retourne à ses activités avec une vision plus large de l'importance de l'or bleu sur notre planète, avec des solutions concrètes pour en prendre soin. Les femmes étant les premières touchées par le manque d'eau, le genre reste bien évidemment un thème transversal.


SINSLANI, association de recherche sur des thèmes aussi variés que : l'énergie renouvelable, le tri des déchets, le genre, les découvertes arquéologiques, la transmission orale de traditions



Flor de María, travaille dans une association qui désire transmettre l'amour pour la lecture aux enfants de 3 à 6 ans. En effet, un enfant qui découvre la littérature enfantine dès le plus jeune âge, développe bien sûr le goût et la passion pour la lecture, mais est aussi amené à inventer ce qu'on lui lit. L'imagination nous permet ensuite de nous projeter, de rêver, de créer et de réaliser ce que nous imaginons!!
Rêvez-vous?

jeudi 4 octobre 2007

Costa Rica à l'effervescence : des mouvements sociaux très créatifs émergent pour dire NO au TLC!

Certains l'appellent le Traité de Libre Commerce avec les Etats-Unis, d'autres le nomme Trahison de La Constitution ou encore Traité de Libre Corruption. Les premiers sont ceux qui invitent les consommateurs à aller voter au Référendum du prochain dimanche 7 octobre 2007 en faveur du TLC pour favoriser la concurrence entre les entreprises du monde entier. Tandis que les autres s'adressent aux citoyens pour leur faire prendre conscience que leur voix importe dimanche prochain car, disent-ils, nous sommes tous acteurs-trices responsables du changement de la société. Ces derniers, en défaveur du TLC (le mouvement du NO!) interpellent les pouvoirs publics et l'actuel Costa Rica en affichant la solidarité comme valeur centenaire dans le pays.

Depuis 2-3 ans, les Etats-Unis s'attèlent à faire signer ce Traité de Libre Commerce à l'ensemble des pays d'Amérique Centrale et République Dominicaine. Tous l'ont déjà signé sans convoquer leur peuple, parfois même du jour au lendemain sans laisser la possibilité à ses habitants de s'en informer. Au Guatemala et à El Salvador, on l'appelle d'ailleurs le "madrugón" (petit matin). Et bien qu'il y ait eu des manifestations, les contextes de répression très violents ont calmé l'ardeur des mouvements d'opposition en y laissant des morts. Pourtant cette signature a entraîné des conséquences désastreuses et la situation de chaque pays a radicalement changé. Les citoyens des pays ayant approuvé le TLC sans accord du peuple, encouragent les Tic@s (les Costaricien-es) à ne surtout pas signer le pacte! Aujourd'hui, le Mexique et El salvador désire renégocier leur traité car les pays se retrouvent dans des situations économiques critiques.Mais au Costa Rica, le président de la République Oscar Arias (Prix Nobel de la Paix!) n'a eu d'autres choix que de proposer un Référendum en voyant augmenter les mouvements de contestation au TLC qu'il voulait signer.


Mais qu'est-ce que le TLC?


Il s'agit d'un Traité signé entre plusieurs pays qui institutionalise les échanges commerciaux quels qu'ils soient. Cela veut dire qu'en acceptant le traité, le pays entre dans un système commercial du "tout est permis". L'objectif du TLC est de libéraliser les biens et services publiques (santé, éducation, télécommunications...) afin qu'ils circulent sans barrière entre les pays d'Amérique (et donc sans impôts aux frontières).


L'histoire de Costa Rica se démarque des autres pays de la région. Les Tic@s (comme ils se nomment) ont un long passé de revendication de leurs droits et d'acquis sociaux. La sécurité sociale costaricaine est excellente : soin de santé et éducation publique presque gratuits et universels; pension pour tous les anciens travailleurs; élèctricité, eau et télécommunications comme services publics. L'eau est potable dans 90% du pays et le téléphone ne coûte presque rien. Mêmes les villages les plus perdus possèdent toujours un téĺéphone public et contrairement aux autres pays d'Amérique Latine, les appels de GSM sont très bon marché. Ici, Movistar ou Telefónica (compagnies de téléphone espagnoles) ne s'en mettent pas encore plein les poches!


Le mouvement du SI au TLC promet l'augmentation de l'emploi et joue sur le fait que le Costa Rica, différent de ses voisins car plus éduqué, sera plus solide et pourra être compétitif sur le marché international afin de se "moderniser". Ce mouvement appelle au nationalisme. Le mouvement du NO aussi invite aux sentiments patriotiques et promeut le rassemblement des citoyens afin de faire front à la vente de leur pays aux États-Unis.

Cependant, que le TLC passe ou pas, des échanges commerciaux internationaux existent déjà et continueront d'exister. Le mouvement du NO ne réclame pas une société socialiste sinon un maintien des services publics et solidaires en place. En effet, le TLC, en plus d'anéantir ces acquis sociaux, aura des répercussions environnementales, sociales, culturelles et économiques inchangeables par la suite.

Au niveau textil, Costa Rica n'a pas de poids face aux marchés chinois. L'agriculture ne pourra pas faire concurrence aux multinationales (principalement étasuniennes) qui reçoivent des subsides. Le marché des télécommunications, le plus important marché dans le monde entier, sera vite réapproprié par des entreprises privées. Les ressources naturelles locales (or, eau, gaz, forêt...) seront rachetées et l'environnement pollué et délaissé. Le tourisme, première entrée financière du pays, se transformera en produit de pure consommation et englobera définitivement les petits projets de tourisme solidaire et durable.

En somme, ce TLC-là n'est pas juste, profitera principalement aux riches et creusera le fossé entre les riches et les pauvres.


Manif' en fête!

Dimanche dernier, le 30 septembre, une grande manifestation du mouvement du NO a rassemblé environ
100 000 personnes. Cet événement historique symbolise la lutte pacifique d'une société civile très créative pour exprimer ses opinions. La marche, ponctuée de 3 scènes où se donnaient discours et concerts, amenait une ambiance festive, joyeuse et bon enfant. Malheureusement, la presse nationale, en faveur du SI, relaye très peu ces faits en boycotant toutes les activités du NO. Elle est par contre bien utilisée pour la propagande en faveur du TLC.

La veille, des goupes de jeunes artistes et citoyens se réunissaient de manière spontanée pour créer leurs matériels de revendication pour la manif' : masques, marionnettes, t-shirts, déguisements, performances théâtrales, danse... En effet, depuis 4 ans, Costa Rica est plongé dans le débat. Des mouvements sociaux sont nés de cette réflexion et proposent des outils très créatifs : documentaire, clip vidéo, spot publicitaire, photo, piece de théâtre, peinture murale... Dans ce contexte d'urgence, les citoyens se mobilisent de manière positive pour sensibiliser au vote pour ou contre le TLC de dimanche prochain.


Référendum-dum-dum

C'est le suspens... Alors que lundi dernier un sondage mettait le SI et le NO à égalité, il montrait aujourd'hui le NO gagnant. Fine stratégie pour rameuter des voix pour le SI?...

Des observateurs internationaux sont invités pour assurer le bon déroulement de la journée et le respect dans le comptage des voix.






Quel développement?


Tout se résume en une question idéologique : Quel développement désirons-nous pour le pays? Un développement économique favorisant la consommation et les échanges commerciaux tout en sacrifiant les conditions de vie du peuple? Ou un développement qui tente de conserver les acquis sociaux et solidaires qui existent encore? Et vous, quel développement vivez-vous?

Jusqu'où les logiques et stratégies économiques pousseront aux injustices humaines? Aux urnes citoyens!

Influences musicales à Limón... CALYPSO


Limón est au Costa Rica ce que Colón est à Panamá. Toutes deux sur la côte Caraïbe, elles ont accueilli des milliers de migrants afro-jamaïquains, chinois, espagnols, irlandais, italiens, anglais, venus partager le territoire des colons espagnols et indigènes. Si à Panamá c'est la construction du Canal qui a attiré de nombreuses personnes, à Limón c'est la construction du chemin de fer (1870). Dans les 2 villes, de grandes entreprises bananières puis cacaotières se sont installées. Elles ont instauré avec elles un capitalisme ravageur, imposant des conditions de travail drastiques et ce, contrairement au reste du pays d'économie plus paysanne. Dans chacune des deux villes, on retrouve des influences afro-caribéennes dans les habitudes culinaires, la langue, la musique et le développement socio-culturel en général.

Le profil bilingue, protestant, cosmopolite et le fait d'avoir hérité de cultures très diverses fait de Limón un espace où se concentre un mélange d'idées et de coutumes qui se développent jusqu'à nos jours.

La population afro-caribéenne a amené avec elle le... Calypso. Le nom exotique de cette musique résonne aux mêmes rythmes que sa mélodie. Type de chansons populaires d'origine antillaise qui se développent durant la période coloniale, le Calypso dénonce les injustices, transmet des habitudes de vie et informe sur l'histoire social du peuple afro-caribéen. Le calypso limeño a la particularité d'être très festif!
Les chanteurs les plus connus sont Walter Ferguson (un des plus vieux, 80 ans), Cantoamerica ou encore Luis Angel Casto (qui mélange calypso limonense avec d'autres styles).

Pour plus d'info sur le Calypso, lire :"Ritmo, Canción e Identidad : historia sociocultural del calypso limonense" de manuel Monestel Ramirez.

lundi 17 septembre 2007

Entre deux eaux!

Panamá, territoire stratégique. Ce petit pays peuplé de 3 millions d'habitants, relie l'Amérique du Sud à l'Amérique Centrale mais pas seulement! Il est aussi la porte d'entrée pour traverser notre planète d'est en ouest. En effet, le Canal de Panamá permet de naviguer de l'Océan Pacifique a l'Altlantique, sans passer par la Terre de Feu : magie!

Oui, cette « magie » s'est attirée des personnes du monde entier qui sont venues prêtés mains fortes pour collaborer à la construction de ce monstre entre 1907 et 1914. La population panaméenne, métissée de personnes d'origine indigène, espagnole, africaine, arabe, chinoise, indienne, juive..., explose de couleurs culturelles. Aujourd'hui, ce lieu de transition et d'attraction économique continue d'aspirer les intérêts de capitaux.

Panamá, pays d'Amérique. Mais quelle Amérique? La monnaie est le dollar. Panama est passée d'une colonisation espagnole formelle à une autre tacite : étasunienne. Le Canal, appartenant aux États-Unis, génère des flux économiques énormes auxquels le propre pays n'a pas accès. En 1989, sous prétexte de sauver le pays d'une dictature sauvage menée par Norriega depuis 1984, les États-Unis d'Amérique envahissent le pays (Ça ne vous rappelle rien?). Ce même Norriega, quelques années auparavant, avait été formé par son Grand Frère et faisait partie de la CIA (les mauvaises langues affirment qu'il a été entrainé en même temps que Ben Laden)...

Depuis lors, la majeure partie des secteurs publics ont été privatisés. Aujourd'hui, 70% des citoyens panaméens bénéficient d'un service public : l'eau potable, accessible dans un grand nombre de villes. Même une gringa comme moi ne risque pas la tourista! Malheureusement, Colón, ville au bord du Canal peuplée majoritairement par des Noirs, n'y a pas accès. Cette ville possède pourtant une zone de libre-échange où transite chaque jour des milliers de dollars.

Malheureusement, le peuple panaméen ne s'est jamais beaucoup senti concerné par son destin. Depuis toujours manipulé, il a peu conscience de son pouvoir d'action pour changer sa société. Il existe peu d'espace de participation pour exprimer son vécu, son opinion, sa volonté de changer les choses. Ici règne le : « Laisser faire, laisser passer! » Nombreux des citoyens ont comme modèle la culture Fast-Food. Les États-Unis sont perçu comme des sauveurs. L'individualisme est vécu comme une mode. Dans ce Paradis Fiscal, plutôt que de consommer les papayes juteuses, les ananas savoureux ou les cocos aux goûts de soleil, on préfère acheter des pommes et des raisins made in California.

Un Référendum vient d'être approuvé par les citoyens pour agrandir le Canal afin de générer encore plus de flux de capitaux. Cela génèrera de l'emploi, dit-on. Oui, durant 5-6 ans. Mais après? Panama est dans une phase d'hyper-développement : la capitale construit partout des édifices d'une soixantaine d'étages. Le trafic insupportable transforme la ville de Panama en autoroute géante. jusqu'à quand Panama, en recherche d'identité, restera-t-il entre deux eaux?

lundi 23 juillet 2007

Entre Terre et Mer... BOLIVIA

La Paz : cette Luminueuse qui s'étend d'une montagne à l'autre à 4000m d'altitude...

Bout d'histoires... Création du Lac Titicaca

El Dios Inti (Dieu Inca du Soleil) a pleuré la mort de son fils pendant des jours lorsque celui-ci s'est fait dévoré par un groupes de pumas. Le Lac Titicaca est né de ses larmes qui n'ont cessé et l'ont rendu gigantesque. Ce, jusqu'à ce que Manco Capac y Mama Ocllo, sa soeur-épouse, sont sorti de l'eau, un bâton d'or à la main, avec l'ordre du Dios Inti d'aller construire la ville des humains dans le premier endroit où le bâton d'or d'enfoncerait. C'est là précisément qu'ils construirent Cuzco qui, en quechua, signifie : "le nombril du monde".

L'archéologue Eduardo Pareja, en parlant de cette merveille bleue dit : "El lago es como un espejo donde se refleja la cosmovisión del mundo andino. Es la cima de su nacimiento" (Le Lac est comme un mirroir où se reflète la cosmovision du monde andin. C'est la cime de sa naissance), d'après La Razón (La Paz, 16/07/07). Ce Centre spirituel et culturel des Andes, de par ses vestiges sur la Isla del Sol, confirme l'existence d'un centre cérémoniel inca. Aujourd'hui encore, certaines communautés indigènes réalisent des pagos (offrande aux Dieux) au Lac.

L'Empire Inca, dénommé le Tawantinsoyo, s'est étendu très rapidemment en ravageant les civilisations antérieures, comme par exemple celles de Tiawanaku sur les bords du lac. Les Incas étaient un peuple guerrier, il s'est développé en s'appropriant les techniques et savoir-faire des autres cultures. Autre exemple, les Tiwanakotas, 1ère civilisation mésoaméricaine développée du Pérou au Chili, a révolutionné à jamais l'utilisation de la terre dans la région. En se basant sur leurs connaissances astronomiques, ils ont pu controler les cycles agricoles. Ils ont inventé l'utilisation de terrasses afin de cultiver leurs produits et créer ainsi un microclimat dans l'Altiplano. Encore aujourd'hui, la région du Lac maintient un microclimat et est favorable pour la culture du maïs, de la quinoa, de la pomme de terre...

mardi 3 juillet 2007

Petits portraits des Porteños

Les Porteños sont les habitants de Buenos Aires. Une de leur grande caractéristique est leur métissage. Ils sont en effet fils d’indigènes et de criollos (colons nés en Argentine), mais aussi enfants de l’immigration italienne, espagnole, française, allemande, européenne de l’Est depuis les années après indépendance (25 mai 1810). À cette époque, l’Argentine ouvrait grands les bras aux personnes qui voulaient tenter leur chance ailleurs car elle avait besoin de main d’oeuvre pour reconstruire le pays. Dans les années post-guerre mondiale, l’immigration provenant de ces pays européens mais aussi de pays arabes et asiatiques, a renforcé le mélange de populations. Aujourd’hui, ces métissages se retrouvent dans les gestes italianisant qui accompagnent la parole, ils se goûtent dans les mets délicats du parmiggiano et des pâtisseries espagnoles, ils s’écoutent dans le castellano aux teintes d’accent italien, … Bref, les moindres petites traditions sont des preuves de ce fameux métissage qui dit que chaque Porteño a un grand-père espagnol et une grand-mère italienne, tout en gardant tout de même 64% de sang indigène!


Les Porteños. Ce qu’ils disent d’eux mêmes…

Les Argentins ont hérité de la solidarité du Gaucho (paysan argentin du 18 et 19ème siècle, qui parcourait la Pampa à cheval pour garder les troupeaux de vaches). Celui-ci leur a également transmis le goût du maté (boisson chaude délicieuse qui se passe de personne en personne et donne de l’énergie). Le maté se boit partout : dans l’auto, les réunions, les promenades… Il est devenu une institution et on pourrait presque le considérer comme le prolongement du bras des Argentins!


Les Porteños sont très ouverts. Curieux de découvrir de nouvelles personnes, ils sont très affectueux et font apparaître un large sourire en vous embrassant chaleureusement. Toutes les excuses sont bonnes pour vous faire la bise (bonjour, au revoir, à tout à l’heure…)! Travailleurs, ils sont aussi d’habiles improvisateurs. Le chaos ambiant les a éduqué à retomber sur leurs pattes dans n’importe quelle situation. Le contexte politique a fait des Porteños un peuple courageux qui a pris l’habitude de revendiquer ses droits. Cela est d’ailleurs devenu un élément d’auto-dérision : j’entendais l’autre jour dans des toilettes publiques, des femmes qui voulaient sortir dans la rue (avec les casseroles pour manifester) parce que le lieu n’était pas propre à leur goût!

Lindo Buenos Aires est en période d’hiver. Le soleil se lève à 8h et se couche à 18h. Du haut du 21ème étage, le ciel rougit, les faroles publiques s’allument et la vie nocturne démarre au quart de tour pour que ses habitants continuent à danser le tango jusqu’au bout de la nuit.

Pardon à mes ami-es argentin-es et aux amants du pays, ce petit portrait doit vous sembler bien caricatural. Ne vous méprenez pas, il s’agit de l’impression de una muchacha arrivée sur cette terre depuis una semanita.

Le tango

« Le tango est une pensée triste qui se danse » (Discépolo : "el tango es un pensamiento triste que se baila"). À la base très populaire, le tango se dansait entre jeunes filles à la maison ou entre jeunes hommes au coin d’une rue illuminée par la farolle. Perçue comme une danse de mauvais genre, les jeunes filles se cachaient de leur mère pour apprendre quelques pas. À partir de 1880, la musique accompagne la danse tout en s’inspirant de l’accordéon d’Europe de l’Est (devenu le fameux bandonéon), du violoncelle italien, et de paroles d’amour qui embrasaient les cœurs à la moindre étincelle. Lorsque les jeunes filles sortaient retrouver les jeunes hommes au coin de la rue d’une nuit humide et chaude, la danse se transformait en séduction mystérieuse. Dans les années qui suivirent, le tango conquis tous les cœurs pour ensuite perdre petit à petit de son succès au fil des différentes dictatures et ce, jusqu’au début des années '90. C’est seulement à cette époque que la pratique du tango repris de la vigueur. Aujourd’hui, en plus d’être une attraction touristique, le tango reste une expression sociale qui permet de tisser des liens.


El barrio de la Boca

Le quartier de la Boca est un des quartiers les plus populaires. Habité par des immigrés italiens dans les années 50, il possède encore des traces de cette période à travers par exemple les Cantinas (restaurants italiens très bon marché). Le quartier explose de couleurs, chaque mur, balustrade, fenêtre… est peint de couleurs différentes, ce qui donne au quartier beaucoup de luminosité. On ne peut pas parler du quartier sans parler de l’équipe de foot qui a donné son nom au quartier. La Boca, grand champion au niveau international, a gagné maintes fois la Copa Libertadores (Championnat de foot du continent américain des Ligues nationales) . Aujourd’hui le quartier est devenu très touristique, on y vend des statuettes du Che, des aimants de Mafalda, des peintures de Buenos Aires et on peut même poser avec un tanguero pour une photo pas chère, pas chère!